Bon à savoir

Le cinéaste britannique Paul Greengrass, auteur de "Vol 93" sur le quatrième avion du 11-Septembre, va tourner un film dont l'action se déroulera en Irak après l'invasion de ce pays en 2003. Il va porter à l'écran un livre de l'ancien correspondant du Washington Post à Bagdad, Rajiv Chandrasekaran, intitulé "Imperial Life in the Emerald City: Inside Iraq's Green Zone". Le livre raconte comment les Américains, après avoir renversé Saddam Hussein, ont mis en place avec difficulté un gouvernement provisoire abrité dans la "zone verte", enclave fortifiée au centre de Bagdad. Le tournage est prévu au cours de 2007.

Intéressant

"Histoire des civilisations" aux éditions de Vecchi propose un vaste panorama de l'histoire du monde en sept grands chapitres. Un raccourci saisissant en 250 pages, puisque l'ouvrage s'ouvre sur la civilisation sumérienne (-3.000 à -2.000 avant JC) : "C'est dans l'Irak actuel, entre le Tigre et l'Euphrate, dans le pays sumérien, entre Babylonie au nord et Elam au sud, qu'est née la civilisation". Et s'achève avec l'intervention américaine en Irak, "sans aucun résultat, sauf celui de jeter ce pays dans la guerre civile".
 
 
Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /Jan /2007 00:45

Le Soir du Mardi 16 Janvier 2007

Après Saddam Hussein, Barzan al-Tikriti et Awad al-Bandar ont été pendus à leur tour par les autorités irakiennes. Leurs corps ont été transférés à Tikrit où ils seront enterrés auprès du tombeau de l’ancien président.

Passé compromettant

Alors que la plupart des pays occidentaux multiplient les condamnations à l’encontre de la peine de mort, la confusion règne toujours quant à la poursuite des différents procès à l’encontre du défunt raïs et de ses proches. Et les questions fusent. Pourquoi avoir exécuté Saddam Hussein et ses proches alors que des procès à leur encontre sont toujours en cours ? Qu’est ce qui a provoqué une telle rapidité d’exécution ? Mais surtout, ces actes ne visent-t-ils pas à camoufler le passé pour éviter qu'apparaissent au grand jour les connexions entre Saddam et l'Occident ? Force est de constater que le Haut Tribunal Spécial irakien ainsi que ses juges avaient été mis en place sous le contrôle étroits des Etats-Unis avec des compétences limitées. Ce tribunal ne peut par exemple inculper, ou même évoquer, des pays étrangers comme…les Etats-Unis. Sans oublier que nombres de pays occidentaux entretenaient de bonnes relations avec l’ancien régime baasiste. A commencer par la France et le Royaume-Uni.

 

 Raad Jiddah, professeur de Droit constitutionnel à Bagdad et ancien membre du parti Baas explique l’irrégularité du procès par l’obsession des Etats-Unis à ne pas divulguer certaines « affaires ». « Les procès en cours n’évoqueront jamais la question des relations de Saddam avec les pays occidentaux tout simplement parce-que ce n’est pas dans l’intérêts des américains. Et que ce tribunal est complètement sous le contrôle de l’occupant. Ce sont d’ailleurs les américains qui détenaient Saddam Hussein. Pas les irakiens » analyse Raad Jiddah. Selon ce dernier, les deux « affaires » sensibles que les américains souhaitaient éviter concernent le gazage des kurdes à Halabja en 1988 et le massacre des chiites lors de leur soulèvement contre le régime baasiste en 1991. Les pays occidentaux concernés auraient participé indirectement à ces massacres en vendant des armes de destruction massives à l’Irak, en particulier les armes chimiques qui ont servi à gazer les kurdes à Halabja. Et concernant ce que les chiites nomment l’ « Intifada », le soulèvement des irakiens fut encouragé par Georges Bush père dans un appel, relayé par radios et tracts, qui déclencha la révolte chiite, et dans la foulée celle des Kurdes le 15 Février 1991 : « l'armée irakienne et le peuple irakien doivent prendre leur destin en main et forcer Saddam Hussein, ce dictateur, à se retirer ».

 

Dans ce contexte politique, la question autour des exécutions précipitées de Saddam Hussein et ses proches peut trouver une réponse hypothétique mais éventuelle : les dossiers concernant l’implication des puissances occidentales dans les crimes commis par le régime de Saddam Hussein demeurent clos. C’est également l’avis de l’avocat Jacques Vergès, surnommé « avocat du diable » pour avoir défendu des dictateurs, candidat finalement rejeté à la défense de Saddam Hussein. Dans un entretien, il expliquait que le procès de l’ancien raïs était illégal. « Je pense qu'il s'agit d'une guerre injuste et que le procès qu'on veut faire à Saddam Hussein est manipulé pour cacher les responsabilités des Etats-Unis et de l'Angleterre dans la situation en Irak. S'il y a un procès, Donald Rumsfeld et d’autres devraient être sur le banc des accusés » avait-il déclaré.

Les irakiens divisés

Loin des sphères politiques et juridiques, la rue irakienne reste très divisée sur la poursuite des procès en cours. Les kurdes, se sentant lésés de ne pas voir Saddam Hussein jugé pour les affaires d’Al-Anfal et de Halabja, souhaiteraient voir les procès aboutir. « Mon père a été tué par les membres des services de sécurité de l’ancien régime. Je veux que cela soit officiellement reconnu et que les coupables soient jugés, morts ou vifs » proteste Aram, un jeune kurde d’Erbil, capitale du Kurdistan autonome irakien. La communauté chiite, dans sa grande majorité, se réjouit du sort de l’ancien raïs. Quant aux sunnites, également victimes de l’ancien régime, ils sont loin d’avoir digéré l’exécution de Saddam Hussein le jour de l’Aïd al-Adha, fête du sacrifice. Avis partagé par beaucoup, dont Georges W. Bush lui-même, ces exécutions n’arrêteront pas les violences en Irak. Si une page noire de l’histoire de l’Irak a été tournée, une autre tout aussi sombre pourrait bien s’ouvrir.

 

Feurat Alani 

Par ALANI - Publié dans : Articles
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