Bon à savoir

Le cinéaste britannique Paul Greengrass, auteur de "Vol 93" sur le quatrième avion du 11-Septembre, va tourner un film dont l'action se déroulera en Irak après l'invasion de ce pays en 2003. Il va porter à l'écran un livre de l'ancien correspondant du Washington Post à Bagdad, Rajiv Chandrasekaran, intitulé "Imperial Life in the Emerald City: Inside Iraq's Green Zone". Le livre raconte comment les Américains, après avoir renversé Saddam Hussein, ont mis en place avec difficulté un gouvernement provisoire abrité dans la "zone verte", enclave fortifiée au centre de Bagdad. Le tournage est prévu au cours de 2007.

Intéressant

"Histoire des civilisations" aux éditions de Vecchi propose un vaste panorama de l'histoire du monde en sept grands chapitres. Un raccourci saisissant en 250 pages, puisque l'ouvrage s'ouvre sur la civilisation sumérienne (-3.000 à -2.000 avant JC) : "C'est dans l'Irak actuel, entre le Tigre et l'Euphrate, dans le pays sumérien, entre Babylonie au nord et Elam au sud, qu'est née la civilisation". Et s'achève avec l'intervention américaine en Irak, "sans aucun résultat, sauf celui de jeter ce pays dans la guerre civile".
 
 
Mardi 9 janvier 2007 2 09 /01 /Jan /2007 15:54

La pendaison hâtive de l'ancien dictateur suscite un réel malaise. Les terribles images diffusées sur Internet risquent d'avoir un impact important dans le monde arabe et de faire de l'ex-raïs un martyr.

 

 Le Point du 04/01/2007

 Olivier Weber et Feurat Alani (à Bagdad)

Le tyran est mort. Pendu haut et court, avant l'aube et les fêtes de l'Aïd el-Kébir. Avec l'exécution de celui qui longtemps se présenta comme l'héritier de Nabuchodonosor, c'est aussi nombre de procès que la justice irakienne a jetés aux oubliettes de l'Histoire par extinction de l'action publique. Et d'abord ceux des massacres de Kurdes et de chiites à la fin des années 80, puis au lendemain de la première guerre du Golfe, en 1991. Des centaines de milliers de morts, selon les associations de droits de l'homme et les enquêtes internationales. La mort expéditive de l'ex-homme fort de Bagdad, qui régna pendant plus de trente ans, enterré dans son village natal d'Ouja, près de Tikrit, va-t-elle apaiser le conflit irakien ou au contraire l'attiser ? L'exécution du dictateur sanguinaire, resté digne jusqu'au bout, au milieu d'un ballet agité de bourreaux cagoulés, a été largement diffusée par Internet et la vidéo circule à Bagdad de portable à portable. Des images qui ont suscité malaise et interrogations.

La pendaison de Saddam Hussein risque-t-elle d'accroître la violence ?

La guerre civile qui ensanglante en particulier le centre de l'Irak - zone sunnite - s'accompagne de telles actions sanglantes que celles-ci semblent avoir atteint un pic, avec une centaine de morts par jour, plus de 100 000 personnes déplacées en un mois et le seuil de 3 000 morts américains franchi le lendemain de la mort de Saddam. Reste que l'exécution précipitée de Saddam, au terme d'une procédure bâclée, accroît le fossé entre chiites (qui représentent 60 % de la population irakienne) et sunnites arabes (20 %).

Pendant l'exécution du raïs, des cris de haine ont été scandés par des chiites. La vidéo complète de la pendaison révèle aussi que, juste avant que le bourreau fasse son office, des témoins ont clamé le nom de Moqtada al-Sadr, le chef chiite radical. Dès lors, l'ex-dictateur est devenu un chahid, un martyr, aux yeux des sunnites, pour qui la pendaison apparaît d'abord comme une vengeance de type confessionnel. Abou Mohammed al-Marchadi, porte-parole du parti Baas dissous, promet des représailles : « Nous répondrons à la mort de notre président par le sang. » A noter que Saddam, avant qu'on lui passe la corde autour du cou, a moins tancé les troupes américaines que le gouvernement irakien, qualifié de « coalition iranienne ».

Qui avait intérêt à une pendaison dans la précipitation ?

Les chiites réclamaient la mort du tyran à tout prix, fût-ce pendant les fêtes religieuses de l'Aïd, même si le dictateur, durant son règne, s'était refusé à exécuter les opposants au cours de cette période sacrée. Plusieurs magistrats du tribunal spécial qui a jugé l'ex-dictateur et l'a condamné à mort le 5 novembre étaient de confession chiite. Le gouvernement de Nouri al-Maliki souhaitait lui aussi une exécution rapide après le rejet de l'appel demandé par les avocats de Saddam, afin de couper court aux réactions des capitales occidentales hostiles à la peine de mort. Nouri al-Maliki, d'ailleurs, l'avait promis lorsqu'il est arrivé au pouvoir : « Je ferai en sorte que Saddam Hussein soit exécuté avant l'année 2007. » Autre argument pour la rapidité de l'exécution : la légitimité du Tribunal pénal irakien commençait à être mise en doute sur la question de l'application ou non de la peine de mort pour l'ex-dictateur. Avec le procès des 148 chiites de Doujaïl tués en 1982, l'administration Bush a estimé qu'elle disposait de suffisamment d'arguments pour appliquer la sentence capitale. D'autant que les autres procès auraient pu traîner en longueur. Enfin, la mort de Saddam permet à l'administration américaine de masquer l'échec de sa stratégie militaire en Irak.

Qui s'opposait à son exécution ?

Les sunnites, mais aussi nombre d'Irakiens opposés à la présence américaine. Saddam, malgré son pedigree de dictateur sanguinaire et les horreurs dont il s'était rendu coupable, continuait pour eux à symboliser la résistance à l'occupation étrangère. « Si seulement le gouvernement était honnête et servait vraiment l'intérêt des Irakiens sans confessionnalisme, nous, sunnites, aurions dansé avec les chiites. Mais c'est un acte politique, et non une justice, que nous avons vu à la télévision », explique l'ancien gouverneur sunnite de Kout. Par ailleurs, les Kurdes, qui ont combattu Saddam Hussein pendant quasiment tout son règne, désiraient un autre procès pour juger les massacres des leurs lors du gazage de Halabja, en mars 1988, et l'opération Anfal - plus de 180 000 morts.

La résistance va-t-elle connaître un nouveau souffle ?

La résistance est essentiellement composée d'islamistes et d'anciens baasistes, les cadres de l'ancien régime purgés en juin 2003 par Paul Bremer, alors proconsul américain à Bagdad. Les plus radicaux des fondamentalistes ont le vent en poupe. Pour les baasistes, les prochaines semaines pourraient annoncer un changement. Car la pendaison de Saddam a aussi pour but, à la fois pour le gouvernement irakien et l'administration américaine, de lancer un électrochoc dans les rangs des baasistes. Le message est bref : « La violence ne peut que conduire à la peine capitale. » Mais la mort expéditive de Saddam pourrait avoir l'effet inverse et entraver un peu plus la difficile politique de réconciliation nationale lancée par le Premier ministre et soutenue par le président, Jalal Talabani. Depuis plusieurs semaines, comme s'ils sentaient le vent tourner, des groupes tels que l'Armée islamique en Irak ou Jaich al-Rachidin se sont rapprochés idéologiquement et militairement d'Al-Qaeda. Beaucoup de sunnites de Ramadi, Fallouja, Haditha refusaient d'intégrer la résistance à cause de l'image négative des pro-Saddam. Avec un Saddam Hussein mort, nombre d'entre eux vont prendre part au combat au nom des sunnites et pas seulement pour défendre les partisans de Saddam. La mort de l'ancien dignitaire baasiste pourrait aussi inciter des volontaires arabes étrangers à venir combattre les soldats américains et irakiens chiites.

L'exécution de Saddam peut-elle favoriser l'éclatement de l'Irak ?

L'accélération des déplacements de population entraîne de facto un début d'éclatement du pays. Déjà, la mixité des quartiers de Bagdad où cohabitaient chiites et sunnites n'existe plus. La division de l'Irak, en corollaire de la montée du sectarisme, est d'autant plus probante que les sunnites redoutent une emprise iranienne sur les affaires du pays. La mort de Saddam Hussein accélère ainsi le processus de division, car elle est ressentie par les sunnites d'une part comme une menace et d'autre part comme une humiliation.

Que vont faire les Américains ?

Un renforcement partiel des troupes pourrait intervenir à Bagdad, sur la demande de George Bush. Cependant, à moyen terme, Washington réfléchit à un retrait de ses 135 000 soldats, ainsi que le recommande le rapport Baker. Dans l'intervalle, des provinces entières seraient confiées aux forces irakiennes, militaires et policières. Plusieurs spécialistes estiment toutefois que certaines régions se révèlent impossibles à contrôler, notamment Ramadi et Fallouja. Une hypothèse est envisagée par quelques responsables irakiens : contrôler Bagdad et des villes clés, et abandonner plusieurs provinces aux insurgés. On serait alors loin, très loin, d'un procès censé représenter l'acte fondateur de la nouvelle république irakienne.

 

 

 

Par ALANI - Publié dans : Articles
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