Bon à savoir

Le cinéaste britannique Paul Greengrass, auteur de "Vol 93" sur le quatrième avion du 11-Septembre, va tourner un film dont l'action se déroulera en Irak après l'invasion de ce pays en 2003. Il va porter à l'écran un livre de l'ancien correspondant du Washington Post à Bagdad, Rajiv Chandrasekaran, intitulé "Imperial Life in the Emerald City: Inside Iraq's Green Zone". Le livre raconte comment les Américains, après avoir renversé Saddam Hussein, ont mis en place avec difficulté un gouvernement provisoire abrité dans la "zone verte", enclave fortifiée au centre de Bagdad. Le tournage est prévu au cours de 2007.

Intéressant

"Histoire des civilisations" aux éditions de Vecchi propose un vaste panorama de l'histoire du monde en sept grands chapitres. Un raccourci saisissant en 250 pages, puisque l'ouvrage s'ouvre sur la civilisation sumérienne (-3.000 à -2.000 avant JC) : "C'est dans l'Irak actuel, entre le Tigre et l'Euphrate, dans le pays sumérien, entre Babylonie au nord et Elam au sud, qu'est née la civilisation". Et s'achève avec l'intervention américaine en Irak, "sans aucun résultat, sauf celui de jeter ce pays dans la guerre civile".
 
 
Samedi 5 août 2006 6 05 /08 /Août /2006 16:05

Le Point du 15 Juin 2006

La terre de Mésopotamie était sa nouvelle patrie. Une terre de Djihad, que le guerrier de l’apocalypse voulait international, après un galop d’essai sur les bords du Tigre. Mais l’Irak n’est même pas orphelin de l’ « émir suprême », tant les candidats à sa succession se bousculent au portillon. Sorti des geôles d’Amman pour lancer sa guerre sainte contre les mécréants en Irak, Abou Moussab Al-Zarkaoui, un ex-voyou selon les autorités jordaniennes, a pris soin de faire des émules. Et l’Irak sans Zarqaoui demeure plus jamais un pays en guerre avec lui-même et contre les troupes de la coalition. « Notre mission difficile et nécessaire continue en Irak », a martelé Georges Bush en confirmant la mort du chef islamiste. Manière de reconnaître que la tâche est loin d’être terminée.

 

La mort de Zarqaoui, 39 ans, adepte du djihad à outrance, icône couleur sang de la guérilla islamiste, accroît certes le prestige américain. Un coup susceptible de redorer le blason de Georges Bush, empêtré dans le bourbier irakien et qui souhaite d’abord alléger la présence des 133 000 boys sur le terrain. Depuis trois ans, les forces américaines avaient lancé une gigantesque chasse à l’homme pour débusquer le caméléon, l’homme aux multiples visages, aussi à l’aise avec un Kalachnikov qu’avec un clavier d’ordinateur. Mais c’est depuis la mi-mai que la recherche de l’ennemi public numéro un en Irak a commencé à porter ses fruits. Une longue traque qui a mobilisé les troupes d’élites américaines, les Seals de la Navy, les commandos Delta, les Rangers, mais aussi plusieurs unités irakiennes – selon le vœu de l’état-major, soucieux d’ « irakiser » la guerre. Peu à peu, les hommes du renseignement militaire américain à Bagdad, épaulés par des agents irakiens et soutenus par la Task Force 145 des forces spéciales, parviennent à localiser Zarqaoui, dont la tête est mise à prix pour 25 millions de dollars, le même prix que pour Ben Laden. Les américains savent que le jordanien et ses hommes circulent dans la région de Baqouba, une petite localité sans âme au nord de Bagdad, somme de maisons en parpaing et de fermette en pisé. En fait, c’est surtout le conseiller spirituel de Zarqaoui, le cheikh Abdel Rahman, qui permet aux agents de remonter la piste. Un homme infiltré transmet les dernières informations. Puis l’ordre d’éliminer le djihadiste en chef est donné. Mercredi 7 Juin, deux chasseurs bombardiers F-16 américains, dont l’un est en cours de ravitaillement, reçoivent l’ordre d’abandonner leur mission de routine au cours de cette journée où 17 raids ont été menés et de se diriger vers Baqouba. Un drone, un avion sans pilote, surprend le cheikh Abdel Rahman sur le devant de la porte. Puis l’un des deux chasseur s’approche de la cocoteraie aux palmiers soigneusement alignés. Renforcée de béton et d’acier, la maison ciblée, aux coordonnées préenregistrées, est peinte couleur terre afin de ressembler à une demeure traditionnelle. A plus de 7000 mètres, le pilote du F-16 largue deux bombes de 225 kilos chacune grâce à des appareils de visée ultramodernes. La première, une GBU 12 guidée au laser, atteint sa cible à 18h15. Dirigée par satellite, la seconde achève le travail moins de deux minutes plus tard. Le grand manitou de l’insurrection en Irak est touché. L’une de ses trois femmes aussi.

 

Au sol, une patrouille de la police irakienne, accompagnée de quelques soldats américains, parvient à s’approcher de la maison détruite, amas de pierre, de poutres et de branches d’un palmier pulvérisé. En dishdasha noire – la djellaba irakienne – et baskets blanches New Balance, Zarqaoui vit encore, psalmodiant des prières. Pas de doute, il s’agit bien du terroriste le plus sanglant d’Irak qui agonise, blessé aux poumons : des tatouages verts sur le corps et des cicatrices permettent de l’identifier. A ses côtés, un autre homme, deux femmes et une fillette, tous morts. Alentour, une chemise de nuit imprimée en peau de léopard, un exemplaire du magazine Newsweek dont la une clame « No exit » et une photo de Franklin D. Roosevelt.

Aussitôt les cris de victoires se sont répandus dans Bagdad. Surtout dans les quartiers chiites, à Sadr City. A Mansour, quartier résidentiel de la capitale, les résidents ont fêté l’événement en vidant leurs chargeurs de Kalachnikov vers le ciel pendant près d’une demi-heure. « C’est un jour joyeux pour l’Irak, bien plus que le 13 Décembre lorsque Saddam Hussein a été arrêté », dit un militaire posté à l’angle d’une rue. Mais Bagdad retient son souffle. Car la mort de Zarqaoui ne va pas enrayer le cycle de violence, bien au contraire.

Le djihadiste avait tout prévu. Un successeur a été désigné de son vivant, lequel sera remplacé s’il venait à disparaître. « Penser que Zarqaoui était directement aux commandes de l’organisation est une erreur, explique l’expert militaire irakien Moustapha Al-Ani. Chaque fois qu’un émir est nommé, un second est aussitôt désigné pour le remplacer et même un troisième. » Selon Al-Qaeda, le nouvel émir serait un irakien, Abou Hamza Al-Baghdadi. Une annonce destiné à brouiller les cartes. Car les sbires de Zarqaoui restent fidèles à son credo : accréditer l’idée que les combattants étrangers sont légion, alors qu’ils ne représentent que 5% des effectifs, estimés à plusieurs dizaines de milliers de combattants. La stratégie de Zarqaoui, l’insaisissable « Tigre de Mésopotamie », reposait en effet sur l’envoi de volontaires depuis les pays voisins de manière à noyer dans le sang les liens entre sunnites et chiites.

 

Tout démarre en 2001, lorsque Zarqaoui, de son vrai nom Ahmed Fadel Nazzal al-Khalayleh, s’infiltre en Irak. Né à Zarqa, près d’Amman, il est en délicatesse avec la police jordanienne pour diverses filouteries et l’agression sexuelle d’une jeune fille. C’est du moins ce qu’affirment les jordaniens. Il gagne l’Afghanistan, où il excelle, paraît-il, dans le tir à la mitrailleuse lourde. Retour en Jordanie : il est arrêté pus libéré grâce à une amnistie générale. Séjour à nouveau en Afghanistan où il rencontre un certain Ben Laden, sans cependant lui prêter serment d’allégeance. Dans le nord de l’Irak, Zarqaoui et ses desperados s’engagent aux côtés d’Ansar al-Islam, un groupe islamiste kurde qui tient les montagnes frontalières de l’Iran, près de Halabja. Lorsque les américains déclenchent l’offensive en Mars 2003, le terroriste bénéficie déjà d’un large réseau.

 

Très vite, il s’impose comme le plus sanguinaire des fondamentalistes, jure fidélité à Ben Laden et crée l’organisation d’Al-Qaeda en Mésopotamie. Lui et ses sbires procèdent à la décapitation de l’américain Nick Berg. Tout est soigneusement filmé afin d’asseoir la réputation du chef. La vidéo de la mort de Nick Berg circule ainsi dans les rues et sur le net. Puis Zarqaoui passe à la vitesse supérieure : le 22 Février dernier, le mausolée de Samarra, haut lieu du chiisme, est détruite par un attentat. Une provocation destinée à lancer la guerre civile entre les deux camps religieux en Irak (à 60% chiite). Et réveiller la faction sunnite, trop léthargique aux yeux du tueur en très grande série.

 

Nul doute que la violence interconfessionnelle va continuer. Mythifié déjà de son vivant, Zarqaoui, mort, pourrait devenir une légende. Même si Al-Qaeda en Irak demeure une organisation minoritaire au sein de l’insurrection, notamment pour avoir qualifié les chiites d’apostats, les combattants risquent de s’inspirer de ses méthodes. En dépit des distances prises par Al-Zawahiri lui-même, le bras droit de Ben Laden, hostile à l’assassinat aveugle de musulmans.

 

De bains de sang en meurtres fratricides, la guerre en Irak prend un nouvel élan. Avec ou sans Zarqaoui, l’autoreproduction de la violence, devenue plus complexe, est déjà acquise, forte de sa terreur, de ses sources de financement, de la haine intercommunautaire, des manipulations iraniennes et des recrutements massifs. Reste la volonté du Premier ministre, Nouri al-Maliki, un chiite nouvellement intronisé, d’en finir avec la guérilla, grâce à ses forces de sécurité (200 000 hommes pour la police et l’armée) et la manne en dollars ou en armes déversée par Washington. La mort de Zarqaoui est certes une victoire pour Al-Maliki et son mentor Georges Bush. Mais l’émir avait vu loin et prévu son combat post-mortem. Avec le djihad tous azimuts en guise d’héritage.

Olivier Weber, Feurat Alani et Nicolas Hénin

Par ALANI - Publié dans : Articles
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Commentaires

Il est très curieux de voir que les services occidentaux notamment français laissent ceux qui veulent aller "djihader" en Irak partir en Syrie sans aucun problème ; pour ne les arrêter qu'à leur retour en France. Cela semble curieusement être une sorte de "rinçage" intensif : nous avons plein de barbus, dont nous ne savons pas quoi faire. Alors autant les les laisser aller en Irak ; d'une part, nous nous en débarassons, et d'autre part, s'ils participent à la destabilisation de l'Irak américain, cela peut amener Total à revenir en Irak. Si par hasard ils ont la malchance de ne pas mourir en Irak, et de revenir en Irak, là nous les arrêterons.


C'est la même logique suivie par l'Arabie Saoudite, l'Iran et la Syrie à la suite de la chute de Saddam Hussein : détruire l'Irak pour ne pas être les prochains sur la liste.


Les irakiens paient le prix de leur liberté très cher, tout comme les Libanais qui ont osé défier les Baassistes de la Syrie

Commentaire n°1 posté par AL TIMIMI Farouk le 05/09/2006 à 14h27
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