|
|
Le cinéaste britannique Paul Greengrass, auteur de "Vol 93" sur le quatrième avion du 11-Septembre, va tourner un film dont l'action se déroulera en Irak après l'invasion de ce pays en 2003. Il va porter à l'écran un livre de l'ancien correspondant du Washington Post à Bagdad, Rajiv Chandrasekaran, intitulé "Imperial Life in the Emerald City: Inside Iraq's Green Zone". Le livre raconte comment les Américains, après avoir renversé Saddam Hussein, ont mis en place avec difficulté un gouvernement provisoire abrité dans la "zone verte", enclave fortifiée au centre de Bagdad. Le tournage est prévu au cours de 2007.
Le Soir du Mardi 16 Janvier 2007
Après Saddam Hussein, Barzan al-Tikriti et Awad al-Bandar ont été pendus à leur tour par les autorités irakiennes. Leurs corps ont été transférés à Tikrit où ils seront enterrés auprès du tombeau de l’ancien président.
Passé compromettant
Alors que la plupart des pays occidentaux multiplient les condamnations à l’encontre de la peine de mort, la confusion règne toujours quant à la poursuite des différents procès à l’encontre du défunt raïs et de ses proches. Et les questions fusent. Pourquoi avoir exécuté Saddam Hussein et ses proches alors que des procès à leur encontre sont toujours en cours ? Qu’est ce qui a provoqué une telle rapidité d’exécution ? Mais surtout, ces actes ne visent-t-ils pas à camoufler le passé pour éviter qu'apparaissent au grand jour les connexions entre Saddam et l'Occident ? Force est de constater que le Haut Tribunal Spécial irakien ainsi que ses juges avaient été mis en place sous le contrôle étroits des Etats-Unis avec des compétences limitées. Ce tribunal ne peut par exemple inculper, ou même évoquer, des pays étrangers comme…les Etats-Unis. Sans oublier que nombres de pays occidentaux entretenaient de bonnes relations avec l’ancien régime baasiste. A commencer par la France et le Royaume-Uni.
Raad Jiddah, professeur de Droit constitutionnel à Bagdad et ancien membre du parti Baas explique l’irrégularité du procès par l’obsession des Etats-Unis à ne pas divulguer certaines « affaires ». « Les procès en cours n’évoqueront jamais la question des relations de Saddam avec les pays occidentaux tout simplement parce-que ce n’est pas dans l’intérêts des américains. Et que ce tribunal est complètement sous le contrôle de l’occupant. Ce sont d’ailleurs les américains qui détenaient Saddam Hussein. Pas les irakiens » analyse Raad Jiddah. Selon ce dernier, les deux « affaires » sensibles que les américains souhaitaient éviter concernent le gazage des kurdes à Halabja en 1988 et le massacre des chiites lors de leur soulèvement contre le régime baasiste en 1991. Les pays occidentaux concernés auraient participé indirectement à ces massacres en vendant des armes de destruction massives à l’Irak, en particulier les armes chimiques qui ont servi à gazer les kurdes à Halabja. Et concernant ce que les chiites nomment l’ « Intifada », le soulèvement des irakiens fut encouragé par Georges Bush père dans un appel, relayé par radios et tracts, qui déclencha la révolte chiite, et dans la foulée celle des Kurdes le 15 Février 1991 : « l'armée irakienne et le peuple irakien doivent prendre leur destin en main et forcer Saddam Hussein, ce dictateur, à se retirer ».
Dans ce contexte politique, la question autour des exécutions précipitées de Saddam Hussein et ses proches peut trouver une réponse hypothétique mais éventuelle : les dossiers concernant l’implication des puissances occidentales dans les crimes commis par le régime de Saddam Hussein demeurent clos. C’est également l’avis de l’avocat Jacques Vergès, surnommé « avocat du diable » pour avoir défendu des dictateurs, candidat finalement rejeté à la défense de Saddam Hussein. Dans un entretien, il expliquait que le procès de l’ancien raïs était illégal. « Je pense qu'il s'agit d'une guerre injuste et que le procès qu'on veut faire à Saddam Hussein est manipulé pour cacher les responsabilités des Etats-Unis et de l'Angleterre dans la situation en Irak. S'il y a un procès, Donald Rumsfeld et d’autres devraient être sur le banc des accusés » avait-il déclaré.
Les irakiens divisés
Loin des sphères politiques et juridiques, la rue irakienne reste très divisée sur la poursuite des procès en cours. Les kurdes, se sentant lésés de ne pas voir Saddam Hussein jugé pour les affaires d’Al-Anfal et de Halabja, souhaiteraient voir les procès aboutir. « Mon père a été tué par les membres des services de sécurité de l’ancien régime. Je veux que cela soit officiellement reconnu et que les coupables soient jugés, morts ou vifs » proteste Aram, un jeune kurde d’Erbil, capitale du Kurdistan autonome irakien. La communauté chiite, dans sa grande majorité, se réjouit du sort de l’ancien raïs. Quant aux sunnites, également victimes de l’ancien régime, ils sont loin d’avoir digéré l’exécution de Saddam Hussein le jour de l’Aïd al-Adha, fête du sacrifice. Avis partagé par beaucoup, dont Georges W. Bush lui-même, ces exécutions n’arrêteront pas les violences en Irak. Si une page noire de l’histoire de l’Irak a été tournée, une autre tout aussi sombre pourrait bien s’ouvrir.
Feurat Alani
La pendaison hâtive de l'ancien dictateur suscite un réel malaise. Les terribles images diffusées sur Internet risquent d'avoir un impact important dans le monde arabe et de faire de l'ex-raïs un martyr.
Le Point du 04/01/2007
Olivier Weber et Feurat Alani (à Bagdad)
Le tyran est mort. Pendu haut et court, avant l'aube et les fêtes de l'Aïd el-Kébir. Avec l'exécution de celui qui longtemps se présenta comme l'héritier de Nabuchodonosor, c'est aussi nombre de procès que la justice irakienne a jetés aux oubliettes de l'Histoire par extinction de l'action publique. Et d'abord ceux des massacres de Kurdes et de chiites à la fin des années 80, puis au lendemain de la première guerre du Golfe, en 1991. Des centaines de milliers de morts, selon les associations de droits de l'homme et les enquêtes internationales. La mort expéditive de l'ex-homme fort de Bagdad, qui régna pendant plus de trente ans, enterré dans son village natal d'Ouja, près de Tikrit, va-t-elle apaiser le conflit irakien ou au contraire l'attiser ? L'exécution du dictateur sanguinaire, resté digne jusqu'au bout, au milieu d'un ballet agité de bourreaux cagoulés, a été largement diffusée par Internet et la vidéo circule à Bagdad de portable à portable. Des images qui ont suscité malaise et interrogations. La guerre civile qui ensanglante en particulier le centre de l'Irak - zone sunnite - s'accompagne de telles actions sanglantes que celles-ci semblent avoir atteint un pic, avec une centaine de morts par jour, plus de 100 000 personnes déplacées en un mois et le seuil de 3 000 morts américains franchi le lendemain de la mort de Saddam. Reste que l'exécution précipitée de Saddam, au terme d'une procédure bâclée, accroît le fossé entre chiites (qui représentent 60 % de la population irakienne) et sunnites arabes (20 %). Pendant l'exécution du raïs, des cris de haine ont été scandés par des chiites. La vidéo complète de la pendaison révèle aussi que, juste avant que le bourreau fasse son office, des témoins ont clamé le nom de Moqtada al-Sadr, le chef chiite radical. Dès lors, l'ex-dictateur est devenu un chahid, un martyr, aux yeux des sunnites, pour qui la pendaison apparaît d'abord comme une vengeance de type confessionnel. Abou Mohammed al-Marchadi, porte-parole du parti Baas dissous, promet des représailles : « Nous répondrons à la mort de notre président par le sang. » A noter que Saddam, avant qu'on lui passe la corde autour du cou, a moins tancé les troupes américaines que le gouvernement irakien, qualifié de « coalition iranienne ». Les chiites réclamaient la mort du tyran à tout prix, fût-ce pendant les fêtes religieuses de l'Aïd, même si le dictateur, durant son règne, s'était refusé à exécuter les opposants au cours de cette période sacrée. Plusieurs magistrats du tribunal spécial qui a jugé l'ex-dictateur et l'a condamné à mort le 5 novembre étaient de confession chiite. Le gouvernement de Nouri al-Maliki souhaitait lui aussi une exécution rapide après le rejet de l'appel demandé par les avocats de Saddam, afin de couper court aux réactions des capitales occidentales hostiles à la peine de mort. Nouri al-Maliki, d'ailleurs, l'avait promis lorsqu'il est arrivé au pouvoir : « Je ferai en sorte que Saddam Hussein soit exécuté avant l'année 2007. » Autre argument pour la rapidité de l'exécution : la légitimité du Tribunal pénal irakien commençait à être mise en doute sur la question de l'application ou non de la peine de mort pour l'ex-dictateur. Avec le procès des 148 chiites de Doujaïl tués en 1982, l'administration Bush a estimé qu'elle disposait de suffisamment d'arguments pour appliquer la sentence capitale. D'autant que les autres procès auraient pu traîner en longueur. Enfin, la mort de Saddam permet à l'administration américaine de masquer l'échec de sa stratégie militaire en Irak. Les sunnites, mais aussi nombre d'Irakiens opposés à la présence américaine. Saddam, malgré son pedigree de dictateur sanguinaire et les horreurs dont il s'était rendu coupable, continuait pour eux à symboliser la résistance à l'occupation étrangère. « Si seulement le gouvernement était honnête et servait vraiment l'intérêt des Irakiens sans confessionnalisme, nous, sunnites, aurions dansé avec les chiites. Mais c'est un acte politique, et non une justice, que nous avons vu à la télévision », explique l'ancien gouverneur sunnite de Kout. Par ailleurs, les Kurdes, qui ont combattu Saddam Hussein pendant quasiment tout son règne, désiraient un autre procès pour juger les massacres des leurs lors du gazage de Halabja, en mars 1988, et l'opération Anfal - plus de 180 000 morts. La résistance est essentiellement composée d'islamistes et d'anciens baasistes, les cadres de l'ancien régime purgés en juin 2003 par Paul Bremer, alors proconsul américain à Bagdad. Les plus radicaux des fondamentalistes ont le vent en poupe. Pour les baasistes, les prochaines semaines pourraient annoncer un changement. Car la pendaison de Saddam a aussi pour but, à la fois pour le gouvernement irakien et l'administration américaine, de lancer un électrochoc dans les rangs des baasistes. Le message est bref : « La violence ne peut que conduire à la peine capitale. » Mais la mort expéditive de Saddam pourrait avoir l'effet inverse et entraver un peu plus la difficile politique de réconciliation nationale lancée par le Premier ministre et soutenue par le président, Jalal Talabani. Depuis plusieurs semaines, comme s'ils sentaient le vent tourner, des groupes tels que l'Armée islamique en Irak ou Jaich al-Rachidin se sont rapprochés idéologiquement et militairement d'Al-Qaeda. Beaucoup de sunnites de Ramadi, Fallouja, Haditha refusaient d'intégrer la résistance à cause de l'image négative des pro-Saddam. Avec un Saddam Hussein mort, nombre d'entre eux vont prendre part au combat au nom des sunnites et pas seulement pour défendre les partisans de Saddam. La mort de l'ancien dignitaire baasiste pourrait aussi inciter des volontaires arabes étrangers à venir combattre les soldats américains et irakiens chiites. L'accélération des déplacements de population entraîne de facto un début d'éclatement du pays. Déjà, la mixité des quartiers de Bagdad où cohabitaient chiites et sunnites n'existe plus. La division de l'Irak, en corollaire de la montée du sectarisme, est d'autant plus probante que les sunnites redoutent une emprise iranienne sur les affaires du pays. La mort de Saddam Hussein accélère ainsi le processus de division, car elle est ressentie par les sunnites d'une part comme une menace et d'autre part comme une humiliation. Un renforcement partiel des troupes pourrait intervenir à Bagdad, sur la demande de George Bush. Cependant, à moyen terme, Washington réfléchit à un retrait de ses 135 000 soldats, ainsi que le recommande le rapport Baker. Dans l'intervalle, des provinces entières seraient confiées aux forces irakiennes, militaires et policières. Plusieurs spécialistes estiment toutefois que certaines régions se révèlent impossibles à contrôler, notamment Ramadi et Fallouja. Une hypothèse est envisagée par quelques responsables irakiens : contrôler Bagdad et des villes clés, et abandonner plusieurs provinces aux insurgés. On serait alors loin, très loin, d'un procès censé représenter l'acte fondateur de la nouvelle république irakienne.
Le Point du 16/11/06
Feurat Alani (à Bagdad)
Certains dirigeants politiques irakiens l'avouent : il est déjà trop tard pour mettre au pas la plus grosse milice chiite du pays, l'armée du Mehdi. Son chef religieux, Moqtada Sadr, aurait perdu le contrôle de ses dizaines de milliers de combattants. Au grand dam du Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki. Dans les faubourgs de Sadr City, à Bagdad, ce sont désormais des dizaines de chefs de quartier qui se disputent des bouts de trottoirs. Ces responsables de section possèdent leurs propres combattants et même un imam rallié à leur cause. Aveu d'impuissance ? Moqtada Sadr a dénoncé les meurtres de sunnites au nom de l'islam chiite commis par des « éléments incontrôlés ». Des escadrons de la mort qui agiraient pour le compte de pays tiers comme l'Iran et la Syrie.
Un responsable chiite évoque ainsi un éclatement de la milice en trois parties. La première serait contrôlée par la Syrie, la deuxième obéirait à l'Iran et la dernière serait aux mains de criminels de quartier. Une scission niée par les conseillers de Moqtada Sadr, qui reconnaissent cependant le caractère incontrôlable de la milice.
Dans le sud de l'Irak, le partage des ressources entre milices chiites prend un tour inquiétant. Le chef du Conseil supérieur de la révolution islamique en Irak, Abdel Aziz al-Hakim, et Moqtada Sadr - pourtant inféodés à l'Iran - s'affrontent par milices interposées : la brigade Badr contre l'armée du Mehdi. A Bassora, Oum Qasr ou Diwaniyah, les combats entre l'armée du Mehdi et d'autres factions liées à l'Iran sont monnaie courante. En attendant l'amorce d'une nouvelle stratégie américaine, les chefs de milice avancent leurs pions
Le Point du 02/11/06
Olivier Weber et Feurat Alani (à Bagdad)
Sur les champs de bataille irakiens, corruption et coups de canon font bon ménage. A tel point que maints intermédiaires semblent encourager la guerre pour se remplir les poches. Cinq cents millions de dollars d'aide auraient ainsi été détournés par des officiels du ministère de la Défense. Parmi les principaux suspects : Ziad Cattan. Ancien vice-ministre de la Défense, titulaire d'un doctorat en économie de l'université de Varsovie, Cattan aurait empoché plusieurs dizaines de millions de dollars. Relevé de ses fonctions et réfugié en Pologne - il a la double nationalité -, il refuse de répondre aux injonctions de la police irakienne.
Depuis 2004, le système mis en place par Washington consiste à responsabiliser le gouvernement irakien, notamment dans l'achat d'armements. Dès les premiers contrats signés directement par Bagdad, des fonds disparaissent. En décembre 2004, deux contractors américains en Irak, Dale Stoffel et William Temple, travaillant pour la compagnie Wye Oak Technologies, s'en plaignent depuis l'Irak auprès du sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum. Mais ils sont abattus. Tout laisse à penser que ce sont des officiels irakiens qui les ont fait exécuter.
Le secteur de l'armement n'est pas le seul concerné par la gigantesque corruption : 400 000 barils d'or noir et 1 200 camions-citernes ont été envoyés en Syrie et en Iran par un gang du ministère du Pétrole. Selon les comptes rendus des commissariats de Mossoul et Kut, le trafic impliquerait aussi des compagnies américaines, via des milices tribales de Kirkouk et Beiji, la grande raffinerie du nord de Bagdad. Selon Ali Chabout, porte-parole du Comité pour la transparence en Irak, 88 responsables gouvernementaux et 15 anciens ministres seraient impliqués dans ces trafics et détournements. Etre fonctionnaire-bandit est un métier d'avenir en Irak. Ziad Cattan, lui, court toujours.
Le Point du 31 Août 2006
En Irak, les écoles publiques ferment...et les cours privés font florès. Pour des raisons de sécurité, les enseignants se sont reconvertis dans les cours particuliers à domicile. Car l'école, avant la guerre, était pour les élèves irakiens une seconde maison : avec un taux de scolarisation de 90 % dans les primaire et de 70 % tous niveaux confondus (selon l'Unicef), l'Irak de Saddam pouvait, sur ce plan, se targuer d'un succès incontestable. Aujourd'hui, le taux de scolarisation est au plus bas. Tout comme la fréquentation des 20 000 établissements du pays.
Dans l'enseignement public, "la bataille est perdue d'avance", confie une institutrice démissionaire. Les enseignants et les bus scolaires sont la cible d'attentats. C'est dans le département d'Al-Anbar, en pays sunnite, que le taux de scolarisation chute de manière vertigineuse. Sur les 1200 établissements scolaires recensés, 800 ont déjà fermé leurs portes.
Feurat Alani (à Bagdad)
Le Point du 17 Août 2006
Alors que la guerre interconfessionnelle entre sunnties et chiites sévit en Irak, une catégorie de personnes souffre plus que les autres : les familles mixtes. Principalement leurs enfants. Nés de parents de confessions différentes, ces dizaines de milliers d'Irakiens sont souvent rejetés par les autres.
Pris entre deux feux et sous la menace de tous les attentats, comme ceux, selon le Premier ministre irakien, qui ont ravagé le quartier de Zaafariyah à Bagdad (un accident dû au gaz, selon l'armée américaine), où vivent principalement des familles mixtes et qui ont fait 57 morts et 150 blessés. Des attentats soigneusement préparés, dans une capitale où surviennent en moyenne 70 attaques par jour. A Bagdad, le Tigre fait désormais office de mur de séparation, même si jadis les mariages entre les deux communautés étaient monnaie courante. A l'ouest, les sunnites. A l'est, les chiites.
suspecté par certains d'être un "collaborateur", Kays a vite déchanté. De père chiite et de mère sunnite, ce jeune ingénieur avoue ne plus supporter le regard des autres l'accusant "à tort" d'entretenir un double discours. "J'ai souffert lorsque les avions de chasse bombardaient Fallouja, la ville natale de ma mère. J'ai également pleuré lorsque Nadjaf, d'où mon père est originaire, a été prise d'assaut par les troupes américaines", dit-il. Il y a aussi ce manque de confiance lorsque Kays essaie de prendre part à un débat politique. "Personne ne se méfiait de ma double confession avant cette guerre civile." Lors des faux barrages, les milices contrôlent le patronyme, qui permet parfois de distinguer sunnites et chiites. Du coup, les familles mixtes préfèrent fuir. Elles constituent la majorité de l'exode d'Irakiens vers l'étranger. Un exode qui n'est pas près de cesser : pour affaiblir davantage les troupes américaines en Irak, l'Iran, selon plusieurs experts, attise les violences confessionnelles.
Feurat Alani
Le Point du 15 Juin 2006
La terre de Mésopotamie était sa nouvelle patrie. Une terre de Djihad, que le guerrier de l’apocalypse voulait international, après un galop d’essai sur les bords du Tigre. Mais l’Irak n’est même pas orphelin de l’ « émir suprême », tant les candidats à sa succession se bousculent au portillon. Sorti des geôles d’Amman pour lancer sa guerre sainte contre les mécréants en Irak, Abou Moussab Al-Zarkaoui, un ex-voyou selon les autorités jordaniennes, a pris soin de faire des émules. Et l’Irak sans Zarqaoui demeure plus jamais un pays en guerre avec lui-même et contre les troupes de la coalition. « Notre mission difficile et nécessaire continue en Irak », a martelé Georges Bush en confirmant la mort du chef islamiste. Manière de reconnaître que la tâche est loin d’être terminée.
La mort de Zarqaoui, 39 ans, adepte du djihad à outrance, icône couleur sang de la guérilla islamiste, accroît certes le prestige américain. Un coup susceptible de redorer le blason de Georges Bush, empêtré dans le bourbier irakien et qui souhaite d’abord alléger la présence des 133 000 boys sur le terrain. Depuis trois ans, les forces américaines avaient lancé une gigantesque chasse à l’homme pour débusquer le caméléon, l’homme aux multiples visages, aussi à l’aise avec un Kalachnikov qu’avec un clavier d’ordinateur. Mais c’est depuis la mi-mai que la recherche de l’ennemi public numéro un en Irak a commencé à porter ses fruits. Une longue traque qui a mobilisé les troupes d’élites américaines, les Seals de la Navy, les commandos Delta, les Rangers, mais aussi plusieurs unités irakiennes – selon le vœu de l’état-major, soucieux d’ « irakiser » la guerre. Peu à peu, les hommes du renseignement militaire américain à Bagdad, épaulés par des agents irakiens et soutenus par la Task Force 145 des forces spéciales, parviennent à localiser Zarqaoui, dont la tête est mise à prix pour 25 millions de dollars, le même prix que pour Ben Laden. Les américains savent que le jordanien et ses hommes circulent dans la région de Baqouba, une petite localité sans âme au nord de Bagdad, somme de maisons en parpaing et de fermette en pisé. En fait, c’est surtout le conseiller spirituel de Zarqaoui, le cheikh Abdel Rahman, qui permet aux agents de remonter la piste. Un homme infiltré transmet les dernières informations. Puis l’ordre d’éliminer le djihadiste en chef est donné. Mercredi 7 Juin, deux chasseurs bombardiers F-16 américains, dont l’un est en cours de ravitaillement, reçoivent l’ordre d’abandonner leur mission de routine au cours de cette journée où 17 raids ont été menés et de se diriger vers Baqouba. Un drone, un avion sans pilote, surprend le cheikh Abdel Rahman sur le devant de la porte. Puis l’un des deux chasseur s’approche de la cocoteraie aux palmiers soigneusement alignés. Renforcée de béton et d’acier, la maison ciblée, aux coordonnées préenregistrées, est peinte couleur terre afin de ressembler à une demeure traditionnelle. A plus de 7000 mètres, le pilote du F-16 largue deux bombes de 225 kilos chacune grâce à des appareils de visée ultramodernes. La première, une GBU 12 guidée au laser, atteint sa cible à 18h15. Dirigée par satellite, la seconde achève le travail moins de deux minutes plus tard. Le grand manitou de l’insurrection en Irak est touché. L’une de ses trois femmes aussi.
Au sol, une patrouille de la police irakienne, accompagnée de quelques soldats américains, parvient à s’approcher de la maison détruite, amas de pierre, de poutres et de branches d’un palmier pulvérisé. En dishdasha noire – la djellaba irakienne – et baskets blanches New Balance, Zarqaoui vit encore, psalmodiant des prières. Pas de doute, il s’agit bien du terroriste le plus sanglant d’Irak qui agonise, blessé aux poumons : des tatouages verts sur le corps et des cicatrices permettent de l’identifier. A ses côtés, un autre homme, deux femmes et une fillette, tous morts. Alentour, une chemise de nuit imprimée en peau de léopard, un exemplaire du magazine Newsweek dont la une clame « No exit » et une photo de Franklin D. Roosevelt.
Aussitôt les cris de victoires se sont répandus dans Bagdad. Surtout dans les quartiers chiites, à Sadr City. A Mansour, quartier résidentiel de la capitale, les résidents ont fêté l’événement en vidant leurs chargeurs de Kalachnikov vers le ciel pendant près d’une demi-heure. « C’est un jour joyeux pour l’Irak, bien plus que le 13 Décembre lorsque Saddam Hussein a été arrêté », dit un militaire posté à l’angle d’une rue. Mais Bagdad retient son souffle. Car la mort de Zarqaoui ne va pas enrayer le cycle de violence, bien au contraire.
Le djihadiste avait tout prévu. Un successeur a été désigné de son vivant, lequel sera remplacé s’il venait à disparaître. « Penser que Zarqaoui était directement aux commandes de l’organisation est une erreur, explique l’expert militaire irakien Moustapha Al-Ani. Chaque fois qu’un émir est nommé, un second est aussitôt désigné pour le remplacer et même un troisième. » Selon Al-Qaeda, le nouvel émir serait un irakien, Abou Hamza Al-Baghdadi. Une annonce destiné à brouiller les cartes. Car les sbires de Zarqaoui restent fidèles à son credo : accréditer l’idée que les combattants étrangers sont légion, alors qu’ils ne représentent que 5% des effectifs, estimés à plusieurs dizaines de milliers de combattants. La stratégie de Zarqaoui, l’insaisissable « Tigre de Mésopotamie », reposait en effet sur l’envoi de volontaires depuis les pays voisins de manière à noyer dans le sang les liens entre sunnites et chiites.
Tout démarre en 2001, lorsque Zarqaoui, de son vrai nom Ahmed Fadel Nazzal al-Khalayleh, s’infiltre en Irak. Né à Zarqa, près d’Amman, il est en délicatesse avec la police jordanienne pour diverses filouteries et l’agression sexuelle d’une jeune fille. C’est du moins ce qu’affirment les jordaniens. Il gagne l’Afghanistan, où il excelle, paraît-il, dans le tir à la mitrailleuse lourde. Retour en Jordanie : il est arrêté pus libéré grâce à une amnistie générale. Séjour à nouveau en Afghanistan où il rencontre un certain Ben Laden, sans cependant lui prêter serment d’allégeance. Dans le nord de l’Irak, Zarqaoui et ses desperados s’engagent aux côtés d’Ansar al-Islam, un groupe islamiste kurde qui tient les montagnes frontalières de l’Iran, près de Halabja. Lorsque les américains déclenchent l’offensive en Mars 2003, le terroriste bénéficie déjà d’un large réseau.
Très vite, il s’impose comme le plus sanguinaire des fondamentalistes, jure fidélité à Ben Laden et crée l’organisation d’Al-Qaeda en Mésopotamie. Lui et ses sbires procèdent à la décapitation de l’américain Nick Berg. Tout est soigneusement filmé afin d’asseoir la réputation du chef. La vidéo de la mort de Nick Berg circule ainsi dans les rues et sur le net. Puis Zarqaoui passe à la vitesse supérieure : le 22 Février dernier, le mausolée de Samarra, haut lieu du chiisme, est détruite par un attentat. Une provocation destinée à lancer la guerre civile entre les deux camps religieux en Irak (à 60% chiite). Et réveiller la faction sunnite, trop léthargique aux yeux du tueur en très grande série.
Nul doute que la violence interconfessionnelle va continuer. Mythifié déjà de son vivant, Zarqaoui, mort, pourrait devenir une légende. Même si Al-Qaeda en Irak demeure une organisation minoritaire au sein de l’insurrection, notamment pour avoir qualifié les chiites d’apostats, les combattants risquent de s’inspirer de ses méthodes. En dépit des distances prises par Al-Zawahiri lui-même, le bras droit de Ben Laden, hostile à l’assassinat aveugle de musulmans.
De bains de sang en meurtres fratricides, la guerre en Irak prend un nouvel élan. Avec ou sans Zarqaoui, l’autoreproduction de la violence, devenue plus complexe, est déjà acquise, forte de sa terreur, de ses sources de financement, de la haine intercommunautaire, des manipulations iraniennes et des recrutements massifs. Reste la volonté du Premier ministre, Nouri al-Maliki, un chiite nouvellement intronisé, d’en finir avec la guérilla, grâce à ses forces de sécurité (200 000 hommes pour la police et l’armée) et la manne en dollars ou en armes déversée par Washington. La mort de Zarqaoui est certes une victoire pour Al-Maliki et son mentor Georges Bush. Mais l’émir avait vu loin et prévu son combat post-mortem. Avec le djihad tous azimuts en guise d’héritage.
Olivier Weber, Feurat Alani et Nicolas Hénin
Le Point du 01 Juin 2006
Leurs verts étendards semblent uniformes. Il n’en est rien. Derrière les bannières des islamistes d’Irak se cachent une multitude d’organisations, de groupes d’insurgés plongés dans la surenchère, voire la vendetta. La résistance a changé de nature. Aux côtés des islamistes combattent désormais de nombreux « laïques ». A tel point que Bagdad n’a jamais connu un tel chaos. Constat d’un humanitaire étranger qui rentre d’Irak : « c’est l’anarchie totale. La police et l’armée irakienne sont infiltrées à tous les niveaux. La guerre civile a vraiment commencé. »
Depuis l’attentat du 22 Février contre le mausolée de Samarra, au nord de Bagdad, les chiites – qui forment 60% des 26 millions d’irakiens – et les arabes sunnites – 20% - s’affrontent sans merci dans la capitale et les villes de province. 50 000 bagdadiens ont préféré fuir la ville. « Dans les quartiers de Bagdad se joue une véritable purification religieuse, dit Ali, du quartier de Mansour. A Karada, il n’y a plus de sunnites. Adhamiya a été uniformisée. Elle est désormais à 100% sunnite ou presque. Et à Kadhamiya ne se croisent plus que des chiites. »
Dans ce décor apocalyptique, la violence s’amplifie. La peur est omniprésente. La crainte d’un enlèvement est constante. « Le prix d’un étranger peut atteindre 5 millions de dollars, 10 millions pour un américain », estime Kasra Mofarah, coordinateur de l’organisation humanitaire NCCI, basé à Amman, en Jordanie, et qui rentre d’un séjour dans l’ancienne Mésopotamie. Divers groupes mafieux et islamistes sillonnent Bagdad à la recherche d’otages potentiels et rémunèrent à la commission des informateurs, policiers, employés d’hôtel, chauffeurs de taxi.
Les plus recherchés : Allemands, Français, Japonais et Italiens, « car les irakiens savent que les gouvernements de ces gens là paient », dit un résident de Bagdad. Mais la majorité des enlèvements concernent les irakiens. « Pour 500 dollars, on peut avoir un contrat sur un voisin, un ennemi, quelqu’un qui vous a fait de l’ombre professionnellement, ou même pour un différend familial ! » ajoute Kasra Mofarah. C’est le règne de la délation. Conséquence : les bagdadiens ne font plus confiance à personne. « Même à nos amis », souffle Ali, un technicien sunnite de Dora. « On évite d’embaucher de nouveaux employés, et les anciens ont peur que leurs épouses en disent trop », dit un membre du comité de coordination humanitaire en Irak, dont le voisin a rehaussé le mur de son jardin de 4 mètres. Un chaos voulu par les milices islamistes sunnites. Et par l’un des chefs de la guérilla, le jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui, en perte de vitesse depuis quelques mois. Ses exactions et les décapitations menées par ses sbires ont été condamnées par les autres groupes armés. Du coup, pour garder sa prééminence, il a poussé à la guerre civile entre sunnites et chiites. « C’est l’engrenage : des deux côtés, les milices ont pu se procurer les noms des habitants bénéficiant de cartes de rationnement et écument les quartiers à la recherche des citoyens de la partie adverse, déplore Kasra Mofarah. N’en pouvant plus des coups et des tortures, les familles chiites partent. » Et les sunnites resserrent les rangs derrière Zarqaoui.
Selon l’ONG anglo-américaine Iraq Body Count, le bilan de la guerre depuis le déclenchement des opérations en Mars 2003 est énorme : entre 38 000 et 42 000 civils tués, avec une augmentation brutale depuis six mois. Soit 31 morts par jour en Avril, contre 20 par mois en moyenne la première année de l’intervention. « Chaque heure, trois hommes meurent à Bassora », avance Omar, ancien général de l’armée de Saddam Hussein et désormais interprète pour une compagnie étrangère basée à Bagdad.
Un climat idéal pour recruter. Mené par Zarqaoui, le groupe islamiste Tawhid wal Jihad – unification et guerre sainte – « embauche » à tour de bras, surtout des jeunes de 16 à 30 ans, issus de trois tribus, les Abou Issa, Abou Fahed et Abou Sode, notamment pour la brigade de Khaled Ibn Al-Walid. Le groupe de combattants dispose même d’un… »département de l’information ». Cassettes vidéos, DVD et autres œuvres de propagande – distribués gratuitement à la sortie des mosquées et circulant sous le manteau – servent à convaincre les futurs djihadistes du bien-fondé de la guerre. Un département qui utilise beaucoup le net, avec des relais à Bagdad, Fallouja, Ramadi, Baqouba. Le recrutement s’effectue aussi par le bouche à oreille, notamment dans les mosquées de Bagdad. Et parmi les familles de victimes de la guerre civile, qui crient revanche, comme si le conflit se reproduisait de lui-même…
Le retrait des américains en ligne de mire. La solde des djihadistes sunnites, obligés de faire leurs preuves avant le recrutement par la pose d’une mine artisanale ou l’attaque d’un convoi américain ? 600 dollars mensuels pour les combattants ; entre 1000 et 2000 dollars pour ceux qui filment une opération ; et 200 dollars pour les chauffeurs. Les ressources des groupes islamistes semblent sans limites : tributs récoltés lors de la chute de Saddam, notamment par le pillage des banques ; rançons demandées aux familles des otages ; royalties du trafic de drogue (opium, haschisch, héroïne, en provenance d’Iran et réacheminés vers la Turquie, la Syrie et la Jordanie)… De quoi entretenir de petits bataillons et convaincre la population de coopérer. Lorsque les chauffeurs de camions traversent la province d’Al-Ambar, ils disposent désormais d’un laissez-passer délivré par la guérilla. Et s’acquittent d’une « cotisation », avec la garantie de ne pas être attaqués en chemin.
Les groupes armés veulent semer la terreur à tout prix. Contre les troupes de la coalition alliée, bien-sûr (150 000 hommes), mais aussi contre les autres groupes, sans oublier les rivalités entre les bandes mafieuses et les surenchères entre tribus. A tel point que, lors d’un violent accrochage, début Mai, entre chiites et sunnites dans le quartier d’Adhamiya, à Bagdad, seuls les américains, un comble, ont été autorisés par les seconds à pénétrer dans la zone de combats. Il est vrai que la stratégie de la Mouqawama (la Résistance) vise davantage les forces irakiennes et les fonctionnaires du nouveau gouvernement du chiite Nouri al-Maliki, intronisé le 20 Mai, que les américains. Tant les chefs de l’insurrection sont convaincus d’un retrait prochain des forces de la coalition.
Les réseaux de Saddam. Cette stratégie du chaos profite largement aux partisans de Saddam Hussein et aux anciens du parti Baas (300 000 hommes au bas mot). Les ex-membres des services secrets, les moukhabarat, augmentent ainsi la pression dans le triangle sunnite. Ancien responsable du parti Baas, Hani a été arrêté alors qu’il distribuait des fonds à l’Armée de Mohamed. Un autre officier des moukhabarat, Jaber, détenait chez lui 800 000 dollars en espèces. Des arrestations qui n’empêchent en rien la relève. A ramadi, c’est un commerçant, Abou Jeyed, qui a été nommé chef de la résistance. La population, elle, le protège.
Car la guérilla islamo-politique tente d’évoluer au sein de la communauté sunnite comme un poisson dans l’eau. Une stratégie facilitée par l’interpénétration des réseaux islamistes et ceux des anciens des services secrets de Saddam, puissants et structurés. « A Fallouja, un ancien officier de l’armée du raïs passé dans l’Armée de Mohamed avec le grade de lieutenant a été finalement arrêté, raconte un ancien ministre. Sa tâche consistait simplement à repérer des cibles. Il n’avait rien de religieux. » fils d’un professeur d’université, Hassan a pu séjourner dans les environs de Fallouja. Son récit est impressionnant : les sections d’assaut des groupes insurgés, dont certains sont des groupuscules locaux, fonctionnent en quasi-autarcie. Des équipes très mobiles de 25 à 30 personnes, avec commandos de première ligne, porteurs de munitions, un cuisinier, un logisticien, un chef de groupe disposant de sommes en liquides conséquentes. Quelques combattants étrangers les accompagnent.
Même s’ils ne représentent guère plus de 5 % des effectifs de la guérilla, estimée à plusieurs dizaines de milliers d’hommes, les combattants étrangers figurent parmi les plus endurcis. Des candidats idéaux pour les attentats-suicides. Une nouvelle filière a été ainsi récemment testée : escale au Yémen avant de parvenir en Arabie Saoudite, puis passage en Irak. Parmi les nouveaux internationalistes : des Algériens, Tunisiens, Palestiniens, Yéménites, Libyens, Saoudiens et même quelques russes convertis à l’islam.
Les armes, elles, ne manquent pas. Elles proviennent des stocks irakiens de Saddam – 8 millions de Kalachnikov au moins circulent dans le pays. Des explosifs, notamment du TNT, sont transférés de ville en ville, au gré des besoins, et servent à fabriquer des Road-Side bombs. Hantise des soldats américains et irakiens, ces bombes sont déposée sur le bas côtés des routes, cachées bien souvent dans des tas d’ordures, et déclenchées à l’aide d’un téléphone portable ou d’une télécommande de télévision. « Désormais, on voit des armes neuves à Bagdad : AK47, mortiers, lances-roquettes » constate Kasra Mofarah. « Ces nouveaux stocks viennent d’Iran », assure Omar, l’ancien général de l’armée de Saddam. Téhéran a certes intérêt à mettre de l’huile sur le feu et déstabiliser le Grand Satan américain. Dans le sud, mais aussi dans le nord, via la frontière iranienne, affluent agents, munitions, armes…et faux dinars imprimés à foison. « La milice chiite Badr, financée par l’Iran, cible ainsi les intellectuels, les professeurs, les médecins et les ingénieurs », continue l’ancien officier de Saddam.
« L’Irak est au bord du précipice. Les groupes d’insurgés et les communauté se sont lancés dans un cycle de vengeance et de protection de leur clientèle, une double dynamique qui mène le pays au désastre, avertit Robert Malley, directeur pour le Moyen-Orient de l’International Crisis Group, organisation de prévention des conflits basée à Washington. La question est de savoir comment éviter que la vraie guerre civile ne survienne. » Pour nombre d’Irakiens, elle bat déjà son plein.
Olivier Weber et Feurat Alani
Commentaires